Artistes autistes,

une lettre d’écart,

la note d’espoir de PERCUJAM...

PERCUJAM est un groupe de musique qui mêle éducateurs et autistes. Le réalisateur Alexandre Messina

a relaté ce quotidien dans un documentaire en 2018. Ce film illustre avec brio le pouvoir de la musique qui unit, alors même que la différence sépare, isole.

Tout a commencé avec un atelier de percussion à l'Institut Médico-éducatif Alternance accueillant des adolescents autistes à Bourg-la-Reine. Une décennie plus tard, devant le succès et le potentiel croissant des musiciens, un nouveau foyer dédié à la musique pour de jeunes adultes autistes a ouvert ses portes à Antony, Alternote. Percujam y a élu domicile ainsi qu'une équipe d'éducateurs motivés. La petite troupe se produit plusieurs fois par mois sur scène dans différents foyers, salles et festivals, partageant sa passion musicale tout en se jouant des clichés.

PERCUJAM est une aventure artistique singulière et exemplaire. Elle bouscule notre frilosité à la différence,

à coup de percussions rageuses, de refrains à la joie contagieuse et elle piétine les préjugés de notes d’humour, d’énergie et de fantaisie. Elle rend fierté et espoir à nombre d’autistes qui ne sont pas toujours, ou pas encore… artistes.

Vous êtes membres de Percujam, comment êtes-vous rentrés dans cette formidable aventure ?

Raphaël Sigogne (résident à Alternote, batteur, bassiste, chanteur et violoniste) : Je suis arrivé en 2007, à l’époque Alternote n’existait pas et le groupe répétait à Sceaux. Laurent qui était éducateur et qui dirigeait le groupe Percujam m’a proposé d’intégrer le groupe et de rejoindre l’aventure, dans le but de pouvoir peut-être venir m’installer à Alternote pour y faire de la musique mais aussi pour y faire des activités culturelles et sportives.

C’est ce qui s’est passé quand je suis rentré à Alternote à son ouverture en septembre 2009.

Pierre Meinvielle (éducateur et musicien intervenant) : Après avoir fait des études pour devenir musicien intervenant, je suis arrivé à Alternote à son ouverture car l’équipe cherchait à embaucher des musiciens professionnels pour pouvoir encadrer les activités musicales des résidents et membres de Percujam.

Comment travaillez-vous au quotidien pour articuler les besoins spécifiques de ces artistes/autistes?

Pierre Meinvielle : Au quotidien, nous ne faisons pas que de la musique. Nous travaillons avec différentes médiations artistiques qui comprennent le théâtre, la danse, les arts plastiques et les médiations cognitives comme les ateliers d’écriture ou de scolarité et les rendez-vous du Papotin (journal atypique réalisé par des adultes autistes). Nous faisons aussi beaucoup de sport et des sorties culturelles dans le but d’avoir une démarche inclusive.

Alice. L. (résidente à Alternote sur une place d’accueil temporaire) : Hier, je suis allée voir une exposition sur le peintre Van Gogh. Cela m’a énormément plu et ce que j’ai préféré, c’était les fleurs blanches et jaunes. J’ai vu des images de Van Gogh, on appelle ça des autoportraits. Avant-hier soir, je suis allé voir un opéra en plein au parc de Sceaux. C’était la Tosca de Puccini mis en scène par Agnès Jaoui. J’ai beaucoup aimé les hommes et les femmes qui se faisaient des câlins en chantant. Ils étaient amoureux et il se faisaient des bisous.

-On faisait route derrière nos vies

quand la musique nous a réunis

Ces artistes transmettent avec succès le bonheur que leur procure ce langage qui les rend heureux. Sont-ils conscients d’être devenus, outre de réels musiciens, de véritables ambassadeurs pour tous les « différents » auprès d’un large public ?

Raphaël Sigogne : Je me rends compte que l’on est comme des ambassadeurs pour défendre la cause des gens différents. Nous sommes comme des pionniers et nous livrons un message pour tous ceux qui veulent défendre cette cause. Nous sommes amenés à faire beaucoup de concerts qui réunissent beaucoup de gens et qui permettent de montrer une autre vision sur l’autisme.

On ne les guérit pas mais on change les regards sur eux, on leur renvoie une image positive.

Cette expérience extrêmement positive et réussie suscite-t-elle à votre connaissance d’autres initiatives aussi novatrices ?

Alice. L. : J’ai été à Turbulence pendant quelque temps. C’est une structure qui accueille des personnes en situation de handicap. C’est aussi un chapiteau qui reçoit des artistes en résidence ou des spectacles de tous genres et c’est surtout un ESAT* qui permet aux usagers de travailler dans les différents corps de métiers liés au spectacle.

*Etablissements et Services d'Aide par le Travail

Propos recueillis par Sabine Komsta

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