Cet étrange printemps 2020, lors des permissions de sortie « covid », je voyais cette affiche qui lançait un cri muet dans la ville interdite par le virus invisible…

C’est le premier film que je suis allée voir quand les cinémas ont rouvert leurs portes, et la claque que je me suis prise m’a rappelé pourquoi j’aimais tant le cinéma.

Benni 

(Allemagne, premier film de Nora Fingscheidt)

Le souffle souvent coupé on suit Benni, une gamine de 9 ans au visage d’ange blond

qui tente d’échapper à ses douleurs et aux services sociaux sensés la protéger.

Affamée de tendresse et d’amour, Benni explose en accès de rage sauvages. Ses crises de violence, fusibles insoutenables de sa souffrance affective laissent tous les adultes désarmés. Sa maman dépassée se dérobe.

Micha, son avs, tente de canaliser cette boule de fureur/douleur. Benni nourrit une haine de l'école où, stigmatisée et paniquée, elle agresse les élèves et effraie les adultes. Madame Bafané, une assistante sociale dévouée à l’extrême, s’engage sans relâche pour trouver un refuge à cet enfant si attachante. Mais Benni, enfermée dans sa violence, tente des échappées toujours plus désespérées.

Broyée par la douleur, Benni explose et renvoie à leur impuissance tous les adultes, toutes les structures sociales.

En quête d’amour, cette petite fille ouragan indomptable crève l’écran et notre quiétude en fustigeant notre impuissance.

Benni fait partie de ces enfants sans solutions qu’établissements et familles d’accueil se refilent comme autant de patates chaudes et qui se consument de douleur et de solitude. Ces enfants à l'étiquette "ingérables".

Ce sujet a rarement été traité avec autant d’intensité, de pudeur et de sensibilité. Ce film semble tester les limites du spectateur comme le fait Benni, telle une grenade dégoupillée...

Certaines scènes sont déchirantes et très éprouvantes. Elles m’ont rappelé des moments vécus auprès d’enfants en souffrance, des expériences qui vous laissent vidés et pantelants. Ces moments où l’on perd pied, où tout déborde, où l’on ne peux plus garder de distance. Ce chaos est extrêmement bien décrit par la structure du récit, la musique, les mouvements de caméra.

La jeune actrice magnétique, Helena Zengel, qui incarne Benni est stupéfiante, c'est une révélation.

Ce film a été un phénomène en Allemagne, cinq cent mille spectateurs en salles et un Ours d'argent à Berlin.

Bien qu'elle répète qu'"elle nous déteste", on a l'envie irrépressible de prendre Benni dans nos bras.

En quittant la salle à regret, sonnés, on sait qu'on ne pourra plus jamais l'oublier.

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