· LECTURES ET FILMS

La société inclusive, parlons-en !

Charles Gardou

Il n'y a pas de vie minuscule

Dans « La société inclusive, parlons-en ! » publié en 2018 (1ère édition en 2012) aux éditions Erès, Charles Gardou nous invite à prendre le temps de réfléchir au concept de société inclusive. Sur quels fondements une telle société se construit-elle ? Quelles exigences implique-t-elle ?

Dans ce court essai philosophique l’auteur se propose d’étudier et d’interroger les mutiples facettes d’une inclusion réelle, dans tous les champs de l’existence : éducatif, culturel, économique, professionnel et social.

Le livre est organisé en parties correspondant aux axiomes sur lesquels doit s’appuyer la construction d’une société inclusive : nul n’a l’exclusivité du patrimoine humain et social, l’exclusivité de la norme c’est personne et la diversité c’est tout le monde, il n’y a ni vie minuscule ni vie majuscule, vivre sans exister est la plus cruelle des exclusions et enfin tout être humain est né pour l’équité et la liberté.

Charles Gardou rappelle que l’appartenance à une communauté implique de partager un territoire mais aussi un patrimoine éducatif, professionnel, culturel, artistique, communicationnel.

Il dénonce la façon dont les personnes handicapées sont souvent « insularisées », mises à l’écart dans des lieux spécialisés. Il explique qu’il est important de parler d’inclusion et non d’intégration, que c’est à la société de s’adapter pour que chacun puisse y trouver sa place.

Dans la deuxième partie il évoque la violence de la norme et la façon dont « le devoir de conformité ne cesse de rudoyer l’identité», entraînant « chez les personnes en situation de handicap, des sentiments de menace, de déclassement et de désaffiliation ».

Les vies ont toutes le même prix et une « société inclusive implique une intelligence collective de la vulnérabilité, conçue comme un défi humain et social à relever solidairement. »

Dans une telle société aucun citoyen ne doit se sentir humilié ou pouvoir humilier les autres. Chacun doit se sentir reconnu c’est-à-dire « se voir attribuer une place et une valeur, en tant que contributeur à la vie collective ».

Ce qui implique que chacun doit pouvoir exister pleinement, dans la reconnaissance de sa puissance d’agir, de ses désirs, de ses projets et de son langage.

La communauté ne doit pas parler à la place des personnes en situation de handicap.

Charles Gardou souligne enfin la différence entre équité et égalité. Le principe d’équité « consiste à agir de façon modulée, selon les besoins singuliers, pour pallier des inégalités de nature ou de situation ».

Ce livre me semble nécessaire : à une époque où l’on communique très vite sur tout et n’importe quoi

et où le temps de la pensée n’est pas toujours respecté,

avec cette injonction de réaction instantanée sur les réseaux sociaux, il nous permet de faire une pause réflexive salutaire et de nous interroger sur nos propres conceptions et comportements.

En outre il est abondamment documenté : les références culturelles y sont multiples, les notes de bas de page renvoient à des essais, romans, ouvrages poétiques classiques et contemporains qui permettent d’élargir la réflexion.

Enfin j’ai été éblouie par certains passages très poétiques, comme les portraits de personnes en situation de handicap. Ainsi celui de « Charlotte, atteinte de surdité, qui n’est pas le contraire d’une « entendante ». Elle voit comme elle pourrait entendre. Ses yeux sont ses oreilles . Elle a remarquablement développé son acuité visuelle, son imagination et son intuition. Elle « signe » comme elle pourrait parler, à partir d’une langue chorégraphiée. C’est sa première langue, la sienne. Notre monde de bruit, elle ne le connaît pas : son esprit et son corps vivent au rythme des vibrations et du silence. »

Cécile Glasman

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