· LECTURES ET FILMS

"La tête et le cœur",

un documentaire pudique et délicat qui dévoile le rôle méconnu des AESH

On entend Emma, la voix remplie de larmes : «Je ne sais pas si je vais pouvoir continuer, c’est vraiment super super dur, on n’est pas assez formé pour être la bonne personne pour accompagner sur des situations, on n’est pas épaulé, je n’emploie pas forcément les bons termes pour l’enfant. Voir un enfant de CE2 te dire qu’il veut mourir et se foutre des ciseaux sous la gorge, c’est vraiment pas très agréable… »

C’est rare de pouvoir pénétrer au sein de l’école, de suivre un enfant dans sa classe.

C’est encore plus exceptionnel si cet enfant est différent et qu’il est accompagné d’un adulte au rôle encore bien énigmatique pour le public. Un métier qui peine encore à l’être réellement répondant au terme barbare d’AESH.

Nous suivons Emma pas à pas depuis son entretien jusqu’à sa découverte des enfants qu’elle doit accompagner, Théo et Sofian. Nous sommes plongés dans la classe sans préparation, comme c’est aussi le cas d’Emma, , aux côtés d’un enfant dont nous ignorons presque tout. Nous partageons ensuite ses interrogations et ses surprises, sa stupeur et ses tâtonnements, son impuissance et sa douleur, ou enfin ses petites victoires.

Face aux souffrances aigues de Sofian, à ses paroles difficile à entendre «Je suis nul, je n’aurais jamais du exister», à ses crises déchirantes, nous lisons notre propre malaise, notre impuissance sur le visage d’Emma.

Nous pouvons entrevoir en toile de fond le décalage du format scolaire qui tient souvent les enfants hors normes dans les marges. Nous ressentons aussi par bribes la manière avec laquelle un enseignant peut, par son ignorance, sa maladresse ou encore sa rigidité, blesser davantage ces enfants fragiles.

Après « Vincent et moi », Edouard Cuel et Gaël Breton démontent ce qu’ils pensent intimement: « La question du handicap est surtout une affaire d’écoute et d’ouverture. Les AESH apportent une compensation aux enfants, et surtout leur apprennent à être fiers d’eux. Et c’est ça justement qui est beau. »

Ce documentaire pudique et délicat entre dans la proximité qui se tisse peu à peu entre l’élève fragile et l’AESH. Il montre avec finesse cet espace à inventer avec cet enfant à apprivoiser, cette relation à inscrire entre les lignes trop étroites de l’école.

« La tête et le cœur » donne à voir l’indicible. 

La caméra infiniment discrète saisit ce lien aussi improbable qu’essentiel entre un jeune et son AESH. Sans mots, sans démonstrations appuyées, ce documentaire répond néanmoins avec force aux interrogations lancées lors d’une réunion de formation :

« Qu’est-ce que vous pensez représenter pour cet élève, vous êtes qui pour cet élève? »

Sabine Komsta

Ce documentaire est disponible en replay sur Demain TV jusqu'au 30 novembre inclus,

avant d'être projeté en salle.

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