Le fauteuil enchanté

Elle dessine des arabesques, vives et aériennes.

Elle forme dans la foule désordonnée des collégiens une écriture légère et éphémère de pleins et de déliés.

Elle semble insaisissable, sa course fluide s’évapore derrière elle comme une encre magique.

C’est un papillon qui butine, avide et pressé.

Attiré par cette course effrénée dès le jour de la rentrée, mon regard n’a pu s’en détacher.

Elle vole. Son langage, savant hiéroglyphe, s’inscrit dans l’espace avec aisance en toute liberté.

Son style aérien se joue des obstacles avec une audace insolente.

Cela fait maintenant presque quatre mois que je travaille dans ce collège, et je la vois toujours virevolter,

inventer d’élégants méandres. Elle louvoie d’un groupe d’élèves à un autre avec une aisance mutine.

Je reste hypnotisée par la façon différente ainsi inventée de se déplacer.

Elle rend les autres collégiens, cloués au sol, patauds. Elle inverse la normalité avec nonchalance.

Elle écrit son histoire singulière, son histoire extraordinaire avec une volonté farouche.

 

C’est dans ce corps assigné à résidence que j’ai vu le plus d’émotions, de gestes et d’intelligence.

Tous les matins, je cherche des yeux ce joyeux furet, ce feu follet. Sa vue me rassure.

Je me suis habituée à ce manège de l’échappée belle, à la magie de ce mouvement si éloquent.

Maintenant, dans ce grand collège labyrinthe, dans la cour bruyante où les grappes d'élèves se font et se détachent, tout me semble triste et figé quand le fauteuil enchanté n’apparaît pas.

Je suis bien allée lui dire mon admiration pour la beauté de son geste, elle s'en est moqué en s'échappant comme un papillon que j'aurais importuné...

Sabine Komsta

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