Mademoiselle Caroline et sa différence invisible...

Grâce à votre talent, j’ai fait connaissance avec Marguerite/ Julie Dachez, autiste Asperger.

J’avais lu bien des ouvrages, vu nombre de reportages et entendu des émissions sur ce sujet. J’étais cependant restée à l’extérieur de ce trouble. Mais il y a dans l’harmonie entre le témoignage clair de l’héroïne et votre trait précis et habile un petit miracle qui opère. J’ai enfin réellement compris ce trouble invisible. 

Le rôle que vous avez confié dans le déroulé de cette histoire aux couleurs est très pertinent. 

Il révèle avec acuité les souffrances endurées par Marguerite en rouge sang, son calme recouvré en bleu doux, et son équilibre réinventé en camaïeu délicat. Comment avez-vous ainsi pu appréhender si finement 

ce fonctionnement particulier pour enfin le traduire avec une telle acuité?

Le travail des couleurs est très important pour moi en général. Pour cette BD, je ne voyais pas plein de couleurs car le sujet était sombre. Je suis incapable de travailler en noir et blanc, il me fallait donc juste quelques couleurs de plus. Dans le graphisme, le rouge est généralement synonyme de force, de douleur ou de violence, cela me semblait logique de l’utiliser pour symboliser les agressions que subit Julie. Le bleu en revanche, est synonyme de froid, de calme, de repos, je l’ai donc utilisé pour son appartement, les zones de repos. Cela s’est fait somme toute assez rapidement et logiquement. Une fois le diagnostique posé, il fallait que la vie, la joie revienne, donc j’ai utilisé une palette de couleurs gaies et fraiches. Julie m’ayant bien expliqué ce qu’elle ressentait, moi-même étant plutôt du genre hypersensible, j’ai pu « facilement » me mettre à sa place et utiliser les couleurs pour augmenter son ressenti.

Vous avez contribué à faire connaître ce trouble particulier aux neurotypiques, et aidé nombres d’autres

à mettre enfin un nom sur leur invisible différence. Avez-vous eu des retours des uns et des autres?

Oh oui !!! j’ai vu venir aux dédicaces des Asperger, leurs parents, leurs conjoints, c’est génial !

Ils me racontent leurs vies, leurs difficultés, certains ne disent rien mais je vois tant de choses dans leur regard… je suis très fière de cela, comme si on les avait aidés à relever la tête !

«Votre différence ne fait pas partie du problème, mais de la solution.

C’est un remède à notre société, malade de la normalité.»

Au-delà du trouble évoqué dans cette différence spécifique, ce livre est un hymne à la tolérance.

Vous êtes une artiste, vous avez donc choisi une voie escarpée. Vos livres sont le reflet de la vie que vous inventez, libre, inscrite hors des sentiers tracés. Avez-vous senti de ce fait une proximité avec ces fameux

« déviants » ?

Ma proximité avec eux ne vient pas du fait d’avoir choisi d’être artiste, mais plutôt dans le fait que je souffre moi-même d’un syndrome, d’une maladie invisible: je suis dépressive chronique, et je peux duper mon monde si je veux. Je me soigne, ça ne se voit pas, et pourtant, j’y pense tous les jours, toutes les minutes, cela fait partie de moi et dirige ma vie. J’ai l’impression d‘être en décalage permanent par rapport aux autres, je me sens diminuée et nulle, un peu comme Julie au début: je mène aussi un combat de tous les instants et ça ne se voit pas.

Pire: je suis rondouillarde et rigolote ! comment se douter ?

propos recueillis par Sabine K.

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