Métro Boulot Gogo, un livre décapant

par Zoé, parisienne illustratrice

et maman de Rose, adolescente handicapée.

« Il y a une période très difficile dans la vie d’un parent de gogo, c’est la naissance des enfants des autres. Tout comme les infortunés qui n’arrivent pas à concevoir d’enfant, nous avons parfois des envies de meurtre quand nous contemplons les adorables bambins de nos amis. »

Comme Fabien Toulmé ou Peter Patfawl vous dépoussiérez avec brio le sujet « handicap » en le sortant des écueils de la pitié et du politiquement correct.

Le ton de votre texte et de vos illustrations joue sur des notes résolument légères, de l’impertinent au désopilant. Le sujet «handicap», gogo comme vous le nommez, en est juste un dans votre vie parmi les autres, boulot, métro. Cette façon décontractée, décomplexée d’appréhender le handicap de votre fille était-elle naturelle pour vous ?

Oui. J’ai un tempérament résolument optimiste et je ne voulais pas que le handicap de Rose me cantonne à des domaines pas très sexy (la pitié et le médical). Ce n’est pas parce que j’ai un enfant handicapé que j’ai une vie pourrie, et ma fille mérite mieux qu’une mère déprimée. Ma vie ne se résumera jamais à mon rôle de mère et je pense d’ailleurs que c’est la pire erreur qu’on puisse faire (dans la vie en général).

"Un gogo, c’est comme une voiture de collection, y’a toujours un truc qui ne marche pas. Joint de culasse claqué, durite percée, disque voilé, débitmètre HS."

Entre l’Assemblée Générale des Copropriétaires et les tronches de VIP, on visite l’IME de Rose.

Entre le client nul et le groupe de parole on vous suit dans vos joies et vos galères toujours en souriant. Même si au fond, parfois votre vie n’est pas Rose, ces tranches de vie ont toutes la saveur délicieuse du 2ème degré. Elles sont pétillantes et facétieuses, addictives et faciles à digérer. Quelles sont vos recettes, vos trucs pour garder ce cap optimiste sans faiblir ?

Je pense sincèrement que ça pourrait être pire. Franchement, quand on regarde les choses avec objectivité, il y a quelques milliards de gens sur Terre qui sont plus mal barrés que moi, non ? Donc, bon, pas la peine de chouiner, mieux vaut agir sur ce que l’on peut changer et digérer le plus rapidement possible ce qui ne peut pas l’être.

Votre blog, et maintenant votre livre, sont à la fois pertinents et impertinents. Les détails croustillants sont extrêmement bien vus et bien rendus. Vos textes aussi fins et mordants que vos illustrations croquent avec gourmandise votre quotidien c’est vrai, mais un peu notre société aussi.

Pensez-vous que le regard sur « les gogos » change sensiblement en ces temps où flotte le mot d’inclusion ?

Oui et c’est vraiment une super nouvelle ! Depuis la sortie de mon livre, plein d’amis me parlent de leur oncle, leur neveu ou de leur cousine gogo dont je découvre l’existence. Les gogos ne sont plus des secrets de famille honteux qu’on oublie dans des mouroirs mais au contraire des preuves vivantes que nous sommes des humains et que nous prenons soin des autres membres du clan. Pour moi, c’est ça l’inclusion : c’est reconnaître leur existence et habituer les « normaux » à ne plus avoir peur de la différence. Quant à leur intégration par le droit ou la loi dans la société, en revanche, je suis plus mitigée car je suis totalement opposée à la scolarisation des enfants qui ne sont pas en capacité de l’être. L’inclusion à tout prix peut faire plus de mal que de bien.

"Un·e aidant·e est un héros malgré lui·elle."

Vous êtes une héroïne qui traverse ce parcours du combattant avec le sourire sans pour autant le passer

sous silence.

Rose a 15 ans maintenant, quels sont les « conseils trousse de secours » que vous adresseriez à des parents novices dans le monde des gogos ?

Parlez, parlez, parlez. Echangez, questionnez, on a tous le même parcours et on le fait tous plus ou moins dans notre coin. Quel temps j’aurais gagné si j’avais su tout ce que je sais maintenant ! Quelles angoisses je me serais épargnées ! En plus on rigole et on libère la parole, on se comprend. Les parents d’enfants normaux ne pourront jamais comprendre ce que nous vivons alors autant en faire un club VIP.

Propos recueillis par Sabine Komsta.

 

 

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