Voyage avec Mariana Loupan

Dans votre livre, « Le voyage d’Anton », vous racontez la renaissance de votre fils grâce au travail accompli au centre Feuerstein à Jérusalem. J’ai été éblouie par votre rencontre avec Reuven Feuerstein, ce pédagogue qui avait une confiance infinie dans le potentiel de chaque être humain. J’avais eu la même sensation en lisant « D’un monde à l’autre » d’Olivia Cattan. Pourriez-vous nous confier le souvenir que vous avez de cet homme charismatique ?

Quand je pense au professeur Feuerstein, c’est son physique qui m’apparaît en premier : un homme de taille moyenne à la démarche un peu lourde, très âgé, toujours élégant, avec une barbe blanche et un béret basque, un regard franc et attentif, et une sorte d’autorité naturelle. Un personnage et un visionnaire ! La rencontre avec cet homme a changé mon regard sur mon fils et sur la vie. Je me suis imprégnée de sa philosophie, de son regard positif, de sa confiance dans le potentiel de chaque être humain, quelle que soit sa condition.

Votre livre évoque aussi la scolarisation compliquée des enfants différents en France, comment l’inclusion se passe-t-elle en Israël ?

Je ne connais pas le système scolaire israélien sous cet angle. En plus, c’était il y a 20 ans… Notre séjour en Israël a duré un an et demi, mais nous sommes restés dans le système scolaire français, puisque mes deux enfants ont été scolarisés au Lycée français de Jérusalem. Ma fille Léa y a fait sa grande section de maternelle et le CP. Et Anton y a été accepté en intégration au CP, avec un AVS, chose rare voire inexistante en France à l‘époque. Et cela grâce à l’ouverture d’esprit du directeur du Lycée qui était un vrai pédagogue et qui connaissait le travail de Feuerstein. Il me semble quand même que l’intégration des enfants différents n’étaient pas évidente en Israël non plus.

J’ai été frappée dans votre récit par la puissance du lien familial. On sent que le voyage d’Anton est un projet familial, où chacun est impliqué : les parents, la sœur, les grands-parents aussi. J’imagine la force que cette union doit donner quand on traverse une telle épreuve. Sur quelles autres ressources vous êtes-vous appuyée dans les moments difficiles ?

Quelques (rares) professionnels, médecins ou rééducateurs, surtout dans la petite enfance… Les amis, bien sûr. Quelques amis qui ont joué un rôle important par leur présence, leur écoute, et même leur soutien professionnel. Et les livres. Je ne soulignerai jamais assez la force salvatrice des livres dans ma vie.

Vous travaillez actuellement dans l’association « Chouette on apprend » qui propose de la remédiation cognitive à des enfants et des adolescents qui ont des difficultés d’apprentissage. Pourriez-vous nous présenter cette structure ? Les méthodes sont-elles inspirées de la pédagogie Feuerstein ?

Je ne travaille plus à « Chouette on apprend » depuis un an et demi. J’ai participé à la création et au développement de ce projet pendant environ 6 ans. C’est un centre de remédiation cognitive qui s’inspire de l’approche Feuerstein, mais qui utilise également d’autres pédagogies. On y pratique le PEI (Programme d’Enrichissement Instrumental de Feuerstein), mais on y propose aussi des approches innovantes comme la médiation cognitive par la musique ou la sculpture. Cela n’existe pas ailleurs. Les intervenants sont des professionnels bien formés : psychologues du développement, pédagogues ou artistes, tous formés au PEI de Feuerstein, à la méthode Montessori, ainsi qu’à d’autres approches.

Je crois savoir que votre fils est devenu peintre. Comment peut-on découvrir son travail ?

Anton peint depuis une dizaine d’années. Il a eu la chance de rencontrer, à l’âge de 15 ans, un professeur d’arts plastiques qui a découvert son talent. Nous sommes une famille d’artistes, nous avons eu l’intuition qu’il avait un don et que cela pourrait être sa voie. Et nous avons créé les conditions pour qu’il puisse peindre.

Anton est représenté par la galerie Christian Berst Art Brut où il vient de faire sa première exposition monographique. L’exposition est terminée depuis le 12 janvier, mais on peut voir beaucoup de choses sur le site de la galerie. Un très beau catalogue a été publié à cette occasion.

Propos recueillis par Cécile Glasman

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