Sylvie Baussier : Moi je rêve d’un monde où l’on pourrait être autiste et « comme tout le monde »

Pourquoi avez-vous décidé d'écrire ce documentaire jeunesse sur l'autisme ?

J’ai un enfant autiste Asperger, diagnostiqué assez tard, et comme tant de parents cela a été un parcours du combattant pour qu’il suive une scolarité en milieu ordinaire, soit accepté pour passer le bac (qu’il a obtenu), puis pour suivre un BTS… Puis il y a eu la recherche de vie professionnelle… Sans parler du quotidien. Emotionellement, élever (dans tous les sens du terme) un enfant autiste est une lourde et belle tâche! J’ai souhaité partager avec les jeunes concernés, les fratries, les familles, mon expérience, afin d’alléger les choses pour eux, si possible. J’ai commencé par écrire un court roman, Les Autres mode d’emploi, qui a rencontré, et rencontre toujours, un beau succès en France et même au Liban. J’ai poursuivi mon travail par ce documentaire intergénérationnel qui permet aux jeunes, aux fratries, aux familles, aux AESH, aux enseignants de trouver des informations complètes, simples, qui donnent les principales clés pour comprendre l’autisme.
 

Comment vous est venue l'idée d'intégrer aux éléments informatifs et explicatifs des témoignages d'enfants et d'adolescents autistes et de leurs proches ?

J’aime que les textes soient accessibles, et que les lecteurs puissent se sentir concernés. Je connais de nombreux jeunes autistes, depuis des années, et j’ai suivi de nombreuses conférences sur le sujet. Dans ce documentaire, j’ai inventé des personnages permettant de faire un tour d’horizon des différentes facettes de l’autisme. Ils pourraient effectivement exister pour de vrai! Mais je les ai voulus emblématiques, et pour cela il me fallait les construire.
 

Avez -vous rencontré certains de vos lecteurs ? Quels retours avez-vous eus des enfants, parents ou professionnels ?

Pour mon roman, j’ai été invitée dans de nombreuses classes, en France et même au Liban! Il a aussi reçu deux prix, dont l’un attribué après un vote de centaines de jeunes, c’était très émouvant!

Mon documentaire est aussi très apprécié, je le vois sur les salons du livre, dans les classes qui m’invitent à en parler… Les enseignants l’achètent pour eux, aussi, car il arrive souvent qu’ils aient un ou une jeune autiste dans leur classe et se trouvent démunis pour l'aider.
 

Trouvez-vous que la cause des autistes, pour reprendre le titre du livre de Sophie Janois, soit suffisamment et justement médiatisée ?

Il y a un énorme progrès, qui est à poursuivre. Je me méfie toutefois d’un aspect de cette médiatisation : c’est parfois comme si on nous disait : « Bon, d’accord, on peut être autiste, mais il faut compenser par un don : être surdoué en dessin, maths, musique… ». Moi je rêve d’un monde où l’on pourrait être autiste et « comme tout le monde », c’est-à-dire sans devoir «compenser » par un « don » extraordinaire. Ils sont déjà extraordinaires d’arriver à vivre dans un monde de neurotypiques qui multiplient les non-dits et suivent des règles de vie si peu explicitées!
 

Qu'attendez-vous comme mesures primordiales suite à la concertation "Ensemble pour l'école inclusive » ?

J’aimerais que les AESH aient un statut décent, et davantage de formation. J’aimerais aussi que les enseignants eux soient davantage formés s’ils le souhaitent. Je trouverais indispensable qu’au cas par cas on définisse si un enfant peut réellement tirer partie de l’inclusion scolaire, ou bien s’il doit bénéficier d’un environnement plus spécifique.

Propos recueillis par Cécile Glasman.

L’autisme, collection Parlons-en, éditions Gulf Stream, 2017

Les Autres mode d’emploi, collection Court-métrage, éditions Oskar, 2014.

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